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Décès du Père Michel Schadeck, aumônier de l’ACE

L’Action Catholique des Enfants du diocèse de Châlons a appris avec tristesse et douleur le décès du Père Michel Schadeck, aumônier diocésain du mouvement.

Il a soutenu les adultes engagés auprès des enfants et avait à cœur d’être le plus pédagogique possible pour partager la Bonne Nouvelle aux plus petits. Tout au long de sa mission, le Père Michel aura veillé à ce que le mouvement soit fidèle à l’Evangile et aux intuitions de ses fondateurs, les pères Gaston Courtois et Jean Pihan. Très attentif à l’éducation populaire et au monde rural, son ouverture et sa bienveillance auront marqué les enfants, les jeunes et les adultes qui l’ont croisé et ont agi à ses côtés.

La grande famille de l’ACE se souviendra du Père Michel pour son accompagnement inconditionnel et son engagement pour la vie spirituelle des enfants.

« Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (Saint Jean 11, 25)

Monseigneur François Touvet, évêque de Châlons,
les prêtres et diacres du diocèse,
ses paroissiens et ses amis
vous font part du décès de

l’Abbé Michel SCHADECK
curé des paroisses
Saint Bernard (La Saulx) et Sainte Geneviève (Les Côtes de Champagne),
aumônier diocésain de l’Action Catholique des Enfants
le 15 novembre 2021 à Châlons-en-Champagne à l’âge de 69 ans,
dans la 42ème  année de sa vie sacerdotale.

La messe d’Adieu sera célébrée
le samedi 20 novembre 2021 à 10 heures
en l’église Notre-Dame de la Nativité de Sermaize-les-Bains.
Elle sera suivie de l’inhumation au cimetière d‘Athis.
Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel ! (Psaume 129)

Obsèques Abbé Michel SCHADECK
Sermaize-les-Bains, Samedi 20 novembre 2021
Chers frères et sœurs,
Tout est allé bien vite, trop vite. « Quelle dégringolade ! » m’a dit Michel le soir du 11 novembre alors que je lui rendais visite à l’hôpital. Il était déjà extrêmement affaibli, prostré, très changé. Nous avons un peu discuté, il me répondait par quelques mots à peine. Avant de prier ensemble le « Notre Père » – très belle minute de communion – le Seigneur m’a inspiré d’évoquer devant lui ses frères du Prado qui viendraient le lendemain pour lui donner l’onction des malades ; et de lui faire confirmer les 3 points d’ancrage de la spiritualité des pradosiens, engagés à la suite du Bienheureux Père Chevrier : la crèche, la croix, le tabernacle. Il m’a répondu : « là, c’est la croix, et pour de bon ! » En effet, le chemin de croix était pour lui très douloureux, vertigineux même. Il y avait bien des « Simon de Cyrène » qui voulaient l’aider à porter cette croix si lourde : les membres de sa famille, ses paroissiens et collaborateurs, ses frères prêtres, l’équipe d’aumônerie, les soignants. Mais ce chemin l’a conduit inexorablement vers la mort, accompagné avec attention et délicatesse. Aujourd’hui, autour de son corps, nous célébrons, dans le sacrement de l’Eucharistie, la Pâque du Seigneur Jésus à laquelle il est invité à participer. Et nous qui sommes sans voix, le cœur et les yeux pleins de larmes, nous cherchons en nous le souffle de Dieu pour dire, redire, crier, chanter en qui nous croyons. Nous nous tournons vers Jésus de la crèche, Jésus sur la Croix, Jésus au tabernacle pour affirmer notre foi : nous croyons que Dieu est présent parmi nous, tout spécialement dans les plus petits, nous croyons que cette croix s’éclaire pour Michel et pour nous de la lumière éternelle de la résurrection, nous croyons que Jésus est le Pain de la Vie venant combler notre faim. Aujourd’hui, dans cette célébration qui nous rassemble si nombreux dans un immense chagrin et aussi dans une grande espérance, nous confions à la miséricorde du Père notre frère qui avait donné toute sa vie pour manifester au monde la présence simple et pauvre de Dieu au milieu de nous.
 
La crèche : une mangeoire pour les animaux, le lieu où Dieu se révèle sous les traits d’un enfant fragile, pauvre, dépendant de sa mère et de son père. « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux ». Notre Dieu est venu partager notre humanité avec toutes ses faiblesses sauf le péché, il a été confronté aux injustices, à la violence, à l’exclusion. Déjà à Bethléem, il n’y avait pas de place pour lui dans les maisons où les familles s’étaient installées. Déjà à Bethléem, il a été traqué par Hérode et sa violence meurtrière. Déjà, depuis Bethléem, il est parti en exil. Aujourd’hui notre humanité vit ce drame de la pauvreté et de la violence dans les quartiers populaires et jusque dans nos villages du Perthois, et ce drame de l’exil sur les frontières le long des barbelés, en Méditerranée ou en Manche à bord de radeaux de fortune. En 1991, Michel avait demandé à l’évêque de vivre la proximité de Dieu, celle du petit enfant de la crèche, celle du Dieu-fait-homme, en partageant la vie des hommes et femmes de son temps, habitant au milieu d’eux et travaillant comme eux. Il écrivait ceci : « la visée missionnaire nous rappelle le sérieux de notre foi en Jésus-Christ vivant au cœur du monde par son Esprit qui nous appelle à prendre au sérieux la vie des hommes, car c’est cette vie humaine qu’il s’agit d’évangéliser et de sauver […] Je souhaite poursuivre un travail de terrain, un travail d’accompagnement avec des hommes, des femmes, des jeunes, des enfants en situation de précarité et d’exclusion. Si je propose cette démarche, ce n’est pas pour faire ‘mon truc’, mais bien pour éveiller d’autres à travailler dans ce sens. » Ce sera son expérience pendant une quinzaine d’années, alternant travail professionnel, chômage, et présence à la Bidée à Châlons auprès des familles et des associations, avec le soutien des mouvements d’Action Catholique. Expérience qui aura habité son ministère dans cette paroisse St Bernard depuis 2005, et celle d’à côté, paroisse Ste Geneviève, depuis 4 ans, avec une généreuse attention à tous, à vous tous qui êtes là et qui êtes venus, croyants ou non, témoigner de votre reconnaissance envers cet homme, cet ami, ce serviteur, ce prêtre du Seigneur. Présence d’Église comme une crèche. C’est simple et pauvre, mais tellement vrai. Comme un enfant ! Les enfants de l’ACE qu’il a accompagnés en demeurent un signe vivant.
 
La Croix : le lieu où Dieu va jusqu’à l’anéantissement, au dépouillement total. Il se révèle à l’humanité sous les traits d’un condamné à mort, torturé, injurié, frappé, rejeté. Le Dieu tout-puissant qui choisit d’être impuissant devant ses bourreaux. Il ne se révolte pas, ne se débat pas, ne cherche pas à être le plus fort, il offre dans le silence, il prie. Il est fort dans sa faiblesse. Jésus offre sa vie et donne à l’humanité le trésor du pardon qui relève et fait revivre. « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur ! » nous dit le Prophète Isaïe. Notre frère Michel a rencontré la Croix : il nous disait souvent sa révolte intérieure, sa souffrance, parfois de façon un peu rude ; il nous partageait ses difficultés, sa désolation même, ses découragements devant le peu de forces vives, les appels tombés dans le vide, et surtout devant le manque de saveur évangélique, y compris dans la vie de l’Église. Il décrivait avec douleur la pauvreté rencontrée à deux pas de chez lui, comme il l’avait côtoyée en quartier populaire et dans le monde du travail, spécialement comme veilleur de nuit. Il nous offrait aussi de lumineuses réflexions pastorales par des interpellations finement ajustées, il évoquait sans la ramener de belles initiatives apostoliques, tels ces foyers réunis pour réfléchir, ou ces personnes acceptant d’offrir leurs services, pas seulement dans la vie des paroisses, mais aussi dans une équipe communale ou une association d’entraide. Une croix qui toujours se nimbait de lumière. Une croix signe d’amour et de fraternité. Un cœur transpercé par la violence des hommes, mais des bras étendus pour offrir amitié et affection. « Le Seigneur fera disparaître la mort pour toujours. Il essuiera les larmes sur tous les visages » dit le prophète : alors que, muni de mon attestation, je lui rendais visite pendant le confinement, il m’avait confié sa joie d’approfondir son ministère de pasteur dans un contact renouvelé avec les familles en deuil qu’il accompagnait dans la préparation et la célébration des obsèques. Nombreux sont ceux ici qui pourraient en témoigner.
 
Enfin, le tabernacle : le lieu où Dieu se donne à nous comme nourriture. L’Eucharistie. Nous reconnaissons, avec les yeux de la foi, nous croyons que ce petit morceau de pain, si simple et pauvre, c’est le Corps du Seigneur. Nous croyons que Dieu est présent, et nous avons à cœur de rester là pour le regarder, pour l’aimer, pour l’écouter, pour nous laisser illuminer, ou même irradier de sa sainteté et de sa tendresse. C’est le pain des hommes qui devient le Pain de Vie par l’action de l’Esprit-Saint et le ministère du prêtre. Nous ouvrons nos mains pour recevoir des mains du prêtre ce don précieux de l’amour infini de Dieu, la nourriture de la charité qui nous conduit à donner notre vie pour nos frères. L’Eucharistie construit la communauté, fortifie la charité dans le cœur de chacun, elle est « la source et le sommet de toute la vie chrétienne » selon les mots du concile Vatican II, …Eucharistie pourtant tellement délaissée aujourd’hui… Quand il fut chargé d’accompagner les séminaristes – et certains ici s’en souviennent – il posait ces questions à l’évêque en 1993 : « comment rendre attrayante la vie du prêtre diocésain dans un presbyterium vieillissant ? Comment accueillir les séminaristes qui arrivent ? Comment les prêtres sont à même de travailler en coresponsabilité avec d’autres prêtres et avec des laïcs ? » Des questions vraies, profondes, pertinentes. Des questions qui sont les mêmes aujourd’hui, 30 ans après, alors que le nombre de prêtres a été divisé à peu près par 4 ou 5. Déjà dans le cadre de sa famille, sa mort provoque aussi un vide immense dans le presbyterium diocésain, dans l’équipe de l’espace missionnaire du Perthois, et dans le cœur de l’évêque. 35 prêtres dont 17 seulement ont moins de 75 ans. Voulez-vous demander avec moi au Seigneur de guider ceux qu’il appelle sur le chemin d’une réponse généreuse et joyeuse ? Voulez-vous demander avec moi au Seigneur les prêtres et pasteurs dont nos communautés ont besoin ? Voulez-vous demander avec moi au Seigneur de renouveler nos cœurs de baptisés afin que, tous ensemble, dans la complémentarité de nos vocations, nous construisions l’Église ? Voulez-vous avec moi renouveler nos communautés chrétiennes en nous lançant vraiment dans la Mission, non pour faire tourner l’institution, mais pour conduire à Jésus ?
 
C’est la rencontre avec Jésus qui prime sur tout le reste et qui introduit dans « la joie de l’Évangile ». La crèche, la croix et le tabernacle ont été des lieux de rencontre entre le père Michel Schadeck et le Seigneur Jésus. A quelques jours de l’entrée en Avent, et alors que nous allons préparer nos crèches de Noël, apprenons de cette rencontre à faire de notre vie une crèche, à éclairer la croix de chaque jour, et à venir là, devant le tabernacle, faire cette même rencontre d’amour et de miséricorde avec Jésus. Amen.
 
Mgr François Touvet